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Vendredi 17 février
Je pars en voyage avec Nadja, une Lucernoise qui travaille pour le projet coton biologique d’Helvetas. Première étape: Mopti (à 640 km de Bamako). La ville est surtout connue pour sa belle mosquée. A voir aussi, la vieille ville, ainsi que le port fluvial, très animé. Chez les Bamakois, la «Venise malienne», très densément peuplée, a la réputation d’une ville sale. Avec ses ruelles en terre battue et ses nombreux caniveaux, je n’ose pas imaginer de quoi elle a l’air durant la saison des pluies!
Dimanche 19 au jeudi 23 février
Gao (à 580 km de Mopti), au nord-est du Mali, se situe au bord du fleuve Niger et aux confins du désert. Petite ville au charme tranquille, très reposante comparée à l’agitation qui règne dans la capitale. On y voit peu de touristes. En revanche, de nombreux projets de développement et Organisations non gouvernementales (ONG) y ont élu leurs quartiers.
La ville abrite aussi une base militaire américaine, officieusement pour entraîner l’armée malienne dans la lutte antiterroriste. Un matin nous tombons sur un militaire noir-américain qui ne parle pas un mot de français. J’essaie de lui tirer les vers du nez, mais il ne sait visiblement pas grand chose. Lorsque je lui demande si c’est vrai que les Etats-Unis ont d’autres bases à Tombouctou. Il me rétorque: «where is Timbuktu?». Je me demande ce qu’un tel gars peu bien enseigner à ses pairs maliens? Il me raconte qu’il est basé en Allemagne et a été détaché au Mali pour quatre semaines. Et d’ajouter qu’il va souvent skier en Suisse, où sa femme allemande possède un chalet. Mais il n’est pas en mesure de préciser la station. «The one on the top of the hill», explique-t-il, comme s’il n’y en avait qu’une!
Nous visitons le tombeau des Askia qui offre une vue splendide sur la ville, le fleuve et la dune rose. La dune rose de Koïma sort directement du fleuve: beau contraste de couleurs! On s’y rend en pirogue. De nombreux jeunes se proposent de nous y emmener. Après marchandage, nous convenons de 5000 FCFA. Les deux rabatteurs nous demandent une avance de 2000 FCFA qu’ils empochent sur le champ. Le piroguier qui fait tout le travail ne touchera que 3000 FCFA! (Un franc suisse vaut environ 425 Francs CFA.)
Je décide de visiter la Maison des artisans. Elle n’est pas facile à trouver et loin du centre et du marché. Les clients sont fort rares, probablement découragés par la longue marche pour y arriver, au grand dam des artisans.
=> Son 6 : Artisans Gao 10.3.06
Nuit du jeudi 23 au vendredi 24 février
Voyage mémorable en pick-up jusqu’à Tombouctou, que je n’oublierai pas de sitôt. Nous arrivons, comme convenu, à 8h au point de départ des 4x4 pour y apprendre que toutes les voitures sont déjà pleines! Un «guide» nous avait pourtant assuré qu’il avait réservé les deux places dans la cabine du conducteur pour nous. Encore heureux que nous n’avons rien payé à l’avance. Nous apprenons alors qu’une voiture part à 15h et qu’il reste encore des places derrière. Nous ne partirons finalement qu’à 18h passée. Et encore, il s’en est fallu de peu pour que le voyage soit annulé, car le conducteur trouvait qu’il n’y avait pas assez de passagers.
Au départ, nous sommes à sept à l’arrière du pick-up, assis sur les bagages recouverts d’un épais filet auquel nous essayons de nous agripper tant bien que mal pour ne pas tomber en route. Plus deux femmes et un enfant dans la cabine. Soudain, le véhicule s’arrête en pleine nuit dans un hameau perdu. On enlève le filet pour rajouter une couche de sacs de céréales, avant qu’une quinzaine d’hommes viennent s’entasser avec nous. Là on est tellement coincés qu’on ne risque plus de se faire éjecter, au moins! Mon mini-disc, que j’avais pourtant soigneusement emballé dans mes bagages, ne survivra pas au voyage.
Vers 1h00, le conducteur décide de faire une pause de quelques heures. Il fait un froid glacial, la nuit dans le désert. Bien que le chauffeur roule comme un fou sur les pistes cahoteuses, nous n’arrivons qu’au petit matin dans la cité des 333 saints (à 425 km de Gao). J’ai mal partout: le dos meurtri et les fesses endolories par les secousses et les doigts presque en sang, à force de m'agripper au filet.
Vendredi 24 au lundi 27 février
A Tombouctou, nous logeons chez des amis de Nadja, près de la Mosquée de Sankoré. Nous passons la première journée à dormir et à manger. «Il faut manger» nous dit sans cesse Kondé, notre sympathique hôtesse, même lorsque nous sommes déjà plus que rassasiées. L’hospitalité est sacrée au Mali. Et elle consiste notamment à gaver ses hôtes. Nous arrivons au moins à faire comprendre à notre famille d’accueil qu’il nous est impossible de prendre un repas chaud complet pour le petit-déjeuner. Les Maliens - du moins ceux qui peuvent se le permettre - mangent de la viande trois fois par jour. Un plat à midi, un autre le soir. Et comme ils cuisinent toujours beaucoup trop au cas ou il y aurait des invités, les restes sont réchauffés le matin. Et si la femme ne grossit pas après son mariage, son mari risque de se faire reprocher qu’il n’arrive pas à nourrir son épouse. D’ailleurs, à mon retour de voyage, mes amis bamakois trouveront que j’ai «dépéri» et s’inquièteront du qu’en dira-t-on!
Tombouctou est certainement une des plus belles villes du Mali, avec ses somptueuses bâtisses aux fenêtres et portes finement décorées et ses nombreuses mosquées qui témoignent de sa gloire passée. Lorsqu’on revient d’une méharée, après une nuit glaciale à la belle étoile dans un campement touareg, la cité surgit comme par magie du sable. Tombouctou, c’est aussi les rues de sable, le sable qui envahit progressivement les cours intérieures ou le pain qui crisse sous la dent. Mais la cité résiste. Seule ombre au tableau: gâtés pour les innombrables touristes, les enfants-mendiants sont particulièrement agressifs.
Mardi 28 février
Je continue seule sur Sévaré (à quelque 700 km de Tombouctou et 10 km de Mopti), point de départ pour le pays Dogon. Cette fois-ci je prends soin de réserver personnellement une place dans la cabine. La voiture vient me chercher à 7h. Je suis la première passagère. Le ramassage des passagers et de leurs bagages et marchandises, répartis en plusieurs endroits, dure deux bonnes heures. C’est impressionnant de voir tout ce que les Africains emmènent avec eux lorsqu’ils voyagent… Nous arrivons à Sévaré vers 17h.
Je contacte les responsables d’un projet original qui enseigne aux villageois à fabriquer de l’électricité avec de l’huile de pourghère, un arbuste utilisé dans la lutte contre l’érosion. Le sociologue du projet Dramane Diallo me fait visiter l’atelier de Sévaré.
Mercredi 1er mars
Dramane Diallo m’emmène sur le site du projet, dans la région de Tominian (à quelque 250 km de Sévaré, proche du Burkina Faso). Nous visitons les villages pilote de Dabera et de Sadian.
=> Son 7 : Pourghere 1.3.06
=> Son 8 : Interview Pourghere 1.3.06
Jeudi 2 au samedi 4 mars
Visite du pays Dogon avec Abdoulaye Guirou, agriculteur et guide dogon. Il vient me prendre le matin à l’hôtel en moto pour aller à Sangha, (100 km plus loin, dont 40km de piste!).
Première escale à mi-chemin: Songo, village dogon renommé pour sa grotte des circoncis, dont les parois sont couverts de belles peintures rupestres, située sur le haut de la falaise. Tous les trois ans environs, les jeunes garçons de sept ans et plus y sont rassemblés pour être circonscrits. L’accès est interdit aux femmes, touristes exceptées, moyennant une petite contribution.
La marche commence à Sangha, après un bon couscous au campement des «femmes dogons». Le village se situe sur le haut de la falaise. Nous descendons la falaise pour arriver à Banani, village d’origine de mon guide. Nous déposons nos sacs ou plutôt mon sac au campement. Abdoulaye a pour tout bagage un petit sac en bandoulière contenant une lampe de poche et un pot de confiture. Cela lui permet d’économiser le petit-déjeuner au campement, m’explique-t-il. J’ai négocié un forfait de 20'000 FCFA par jour, tous frais compris. Ensuite, il m’emmène sur le haut de la falaise pour dire bonjour à sa famille. A chaque rencontre, c’est tout un cérémoniel de salutations: bonsoir, comment ça va? Et la famille? Et à la maison, etc. Le rituel peut durer jusqu’à un quart d’heure, bien plus qu’à Bamako.
Le soir, on trouve les hommes assis sur un rocher en train de discuter. La vie des femmes dogons est bien plus rude. On les voit toute la journée en train de grimper les falaises avec de lourdes charges sur leur tête. Entre celles qui vont chercher de l’eau à la source, celles qui vont vendre un fagot de bois pour 1000 FCFA à Sangha et celles qui ramènent les caisses de boissons pour les touristes, c’est un contant va et viens.
Le lendemain nous passons à Amani, pour voir la mare aux caïmans sacrés. Abdoulaye m’assure qu’ils n’ont jamais mangé personne, mais je préfère garder la distance!
Prochaine étape Tireli qui est très animée car c’est le jour de marché. A en juger d’après le mélange de costumes et d’ethnies, certains commerçants sont venus de loin. C’est aussi une bonne occasion pour faire des photos, car contrairement aux autres Maliens, les Dogons n’aiment pas beaucoup être photographiés, exception faite des enfants qui se jettent littéralement devant l’objectif avant de demander de l’argent ou des bonbons.
Nous revenons ensuite sur Ireli, pour y passer la nuit. Je suis vraiment contente de marcher après tous ces voyages en voiture.
Le dernier jour, Abdoulaye me fait voir - de loin - les tombeaux sacrés d’Ireli qu’ils appellent troglodytes. Les Dogons ont pour coutume de déposer leurs morts dans des grottes situées dans une paroi verticale au-dessus du village. Mon guide m’explique qu’ils emballent leurs défunts dans des draps après leur avoir rasé la tête. Les corps sont ensuite montés à l’aide de cordes pour être déposés dans les troglodytes, interdits d’accès.
La plupart des villages se divisent en une partie size au bas de la falaise et une autre construite à flan de coteau. C’est très pittoresque de voir les petites cases et greniers avec leurs toits de chaume à même la roche. Les familles y vivent ensemble avec leurs chèvres et volaille, dans un paysage à couper le souffle.
Les Dogons ont su préserver leurs traditions malgré les invasions des touristes qu’ils subissent depuis plusieurs décennies. Ils ne comprennent d’ailleurs pas ce que tous ces toubabs viennent chercher chez eux. Et ils n’en profitent guère, à voir la pauvreté extrême dans laquelle ils vivent.
=> Son 9 : Dogons 4.3.06
Dimanche 5 mars
Retour en bus de Sévaré à Bamako (630 km). Le voyage dure près de dix heures.
Lundi 6 mars
Accueil très chaleureux à Radio Kledu. Les Maliens sont décidemment un peuple très attachant. Ils font tout pour qu’on se sente bien chez eux!
Durant mon absence, une nouvelle stagiaire a été recrutée. Au Mali, chaque nouvelle recrue, qu’elle soit formée ou non, est d’abord engagée en tant que stagiaire non rétribué. Ce statut précaire peut se prolonger jusqu’à plus d’une année!
La rédaction est maintenant composée d’une quinzaine de journalistes, stagiaires compris, qui se divisent deux ordinateurs pour monter les sons. Le directeur m’autorise à installer les logiciels de montage sur mon portable personnel. Ce qui me permet de travailler à la maison, où c’est un peu plus tranquille, du moins quand les enfants ne jouent pas dans la cour intérieure! Parfois, je travaille aussi dans les locaux du Buco de la coopération suisse.
C’est un vrai défi d’enregistrer et de monter des sons à Radio Kledu. Les deux ordis sont installés dans la salle de rédaction qui est en même temps salle de réunion et lieu de rassemblement. Les Maliennes et Maliens aiment bien discuter haut et fort et comme les locaux sont mal isolés, on les entend à travers tout le bâtiment. Or les casques font défaut, et il n’est pas facile pour moi de monter les enregistrements d’une qualité très moyenne dans tout ce brouhaha. Ce qui ne semble pas poser problème à mes collègues maliens! Lorsqu’on veut s’enregistrer, il faut imposer le silence à la rédaction durant quelques minutes, car la «cabine d’enregistrement» n’est isolée que par un simple rideau!
Mercredi 8 mars
A l’occasion de la journée internationale de la femme, tous les hommes de Radio Kledu ont congé. La journée est entièrement animée par les femmes de la rédaction qui ont concocté un programme spécial sous forme de petits reportages et témoignages de femmes dirigeantes notamment. Le tout commenté en direct sur le plateau par l’ensemble des journalistes, toutes contentes de pouvoir afficher un ton plus léger à l’antenne. Moi, je donne le point de vue toubab. Je présente le journal de 17h en duo avec Assa. Le soir, nous avons deux adolescentes maliennes comme invitées. L’émission devait être interactive, mais malheureusement nous n’avons pas reçus d’appels. Célia, qui a piloté la journée, pense que c’est dû aux nouveaux tarifs de Radio Kledu. Depuis peu, les appels sont majorés.
Dimanche 12 au vendredi 17 mars
Le Buco m’invite à couvrir un atelier à Koutiala (à 390 km de Bamako), où sont présentés les résultats du programme pilote «Sigida Kura, à la recherche d’un nouveau cadre de vie», financé par la coopération suisse. La capitale de l’or blanc a beaucoup souffert de la crise du coton. Sigida Kura s’est donné pour but d’accompagner les initiatives de quartiers et de relancer les économies locales. L’atelier est accompagné de plusieurs visites de projets.
Lorsqu’ils sont en voyage, les journalistes de Radio Kledu sont sensés faire des comptes rendus téléphoniques pour le journal. Encore faut-il trouver un journaliste disponible à la rédaction pour faire l’enregistrement, ce qui n’est pas chose facile! Résultat: je perds énormément de temps à poiroter à côté du téléphone qu’on veuille bien me rappeler comme promis et mon son est différé à l’édition suivante! Sur ce, je décide d’envoyer des interviews et reportages déjà montés par internet, vu que j’ai pris mon ordinateur portable avec moi. Mais ce n’est pas si simple non plus. L’ONG AMEDD me met gracieusement son accès internet à disposition, mais il s’avère que la capacité est insuffisante pour envoyer des sons. Heureusement, j’apprends que Radio Jamana dispose de la seule connexion à haut débit de Koutiala, si bien que je réussi finalement à envoyer mes sons!
=> Son 10 : Koutiala foret des enfants 14.3.06
=> Son 11 : Interview Koutiala Kader Dicko 17.3.06
Jeudi 16 mars
Ouverture du 9e Fesbala, concours de balafonistes organisé par Radio Kaïra II, qui dure deux semaines. Avec ce festival, la radio qui est aussi la voix des paysans veut promouvoir la musique traditionnelle de la région.
=> Son 12 : Fesbala Koutiala 16.3.06
Mercredi 22 mars
Baksi, le rédacteur en chef, m’envoie à un débat sur le 15e anniversaire de la démocratie au Mali. Je constate qu’une partie des invitations transitent tout de même par la rédaction, exception faite de celles qui sont payantes (sous forme de «frais de transport et de formation» remboursés). Leur couverture est attribuée durant les séances de rédaction.
=> Son 13 : OJRM femmes 22.3.06
Samedi 25 mars
Soirée de la rédaction chez Célia qui nous a préparé quelques délicieuses spécialités togolaises. Le but de ces soirées est que les journalistes de Kledu se retrouvent en dehors de la rédaction et qu’ils apprennent à connaître la famille et la maison de leurs collègues. Bonne ambiance garantie. Elles ont lieu une fois par mois, en principe. J’ai malheureusement raté la précédente chez Baksi, car j’étais en voyage.
Dimanche 26 mars
Elections législatives partielles en Commune V de Bamako. Radio Kledu met les moyens pour couvrir l’événement et envoie une équipe de six journalistes sur le terrain, dont je fais partie, sur place. Il faut dire que la radio a été payée pour ça. Chaque journaliste reçoit 10'000 FCFA, ce qui suffit tout juste pour couvrir les frais d’essence et de téléphone. Notre tâche consiste à surveiller le déroulement des élections en passant d’un bureau de vote à l’autre et d’intervenir en direct par téléphone. Coup de chance, je réussi à avoir une interview du gouverneur de district. Les divers représentants des partis et observateurs interrogés déplorent surtout les retards systématiques. Dans l’ensemble, les élections se déroulent correctement. Quoiqu’on me rapporte quelques témoignages douteux concernant l’identification des votants qui ont oublié leur carte d’identité. Selon la loi, ils peuvent quand même voter s’ils sont munis d’une carte d’électeur et si deux personnes confirment leur identité. L’expérience est intéressante, même si l’enjeu ne mobilise visiblement pas les Bamakois: le taux de participation est inférieur à 10%!
Lundi 27 mars
Lorsqu’on voyage au Mali, on est surpris par les nombreux postes de contrôle à l’entrée et à la sortie de chaque ville. A chaque fois, les camions et autres véhicules professionnels ainsi que les voitures privées étrangères doivent s’acquitter de taxes, souvent sans reçu. J’arrive à confronter le préfet de Koutiala avec le témoignage d’un voyageur.
=> Son 14 : Taxes voyage 27.3.06
Jeudi 30 au vendredi 31 mars
Abdel Kader Dicko, chargé de programme gouvernance et décentralisation au Buco, me propose de couvrir l’Assemblée régionale de Sikasso (à 35 km de Bamako). L’Assemblée régionale de Sikasso a décidé de prendre son destin en main pour faire face à la crise du coton. Pour ce faire, elle a réuni tous les acteurs concernés pour élaborer un plan d’action. Pour ces derniers, la solution réside en une diversification centrée sur l’élevage et les céréales.
Au vu de l’expérience peu concluante à Koutiala, je décide d’intervenir en direct dans le journal, afin de ne plus dépendre des collègues pour l’enregistrement. Je fais aussi une interview du président de l’Assemblée régionale qui sera diffusée à mon retour.
=> Son 15 : Interview AR Sikasso 3.4.06
Semaine du 3 au 9 avril
A mon retour, je constate qu’il y a deux nouveaux ordinateurs portables à la rédaction. Ce qui nous fait quatre ordinateurs pour quinze journalistes.
Je reprends la présentation des flashs d’information et mes reportages et interviews à Bamako.
En prélude au deuxième tour des élections législatives en Commune V de Bamako, je fais une interview de la présidente de GRABA, une ONG qui s’est donné pour vocation de surveiller le bon déroulement des élections au Mali. Le dimanche 9 avril, seul deux journalistes seront envoyés sur le terrain, par manque de sponsor.
=> Son 16 : Interview GRABA 4.4.06
Semaine du 10 au 16 avril
Lundi et mardi congé à cause de la fête de Maouloud (naissance du prophète).
A l’occasion d’un micro-trottoir sur le port du casque pour les motocyclistes, je me trouve confrontée aux blocages légendaires de l’administration malienne. Impossible d’interviewer des policiers sans autorisation expresse de la hiérarchie. Je prends alors rendez-vous avec le commandant en chef du groupement mobile de la sécurité qui se montre bien disposé à parler, d’autant plus que la Direction nationale la police vient de lancer une campagne de sensibilisation sur le port du casque. Mais voilà que le directeur national de la police m’interdit de diffuser l’interview après coup, probablement parce que le commandant a omis de demander son autorisation avant!
=> Son 17 : Casques femmes 12.3.06
Semaine du 17 avril
Lundi
Fata plume les deux derniers poulets, pour parer à la grippe aviaire. Depuis quelques semaines déjà, les poules et pigeons qui vivaient dans la cour intérieure ont progressivement passé à la casserole. Une partie a aussi été donnée à un cousin qui vit en brousse. Au grand dam de Bourama (le cousin de Fata) qui les élevait avec amour. Il garde deux couples de pigeons. A part ça, la détection de la grippe aviaire dans les pays voisins n’a pas eu grand effet sur les habitudes des Maliens, qui pour la plupart élèvent toute sorte de volaille et parfois même des moutons chez eux.
Mardi
Je me lance dans une enquête sur les mines d’or. Le Mali est le troisième producteur d’or du continent, après l’Afrique du Sud et le Ghana. Je constate vite que je touche là à un secret bien gardé.
Je commence par la DNGM, la Direction nationale de la géologie et des mines. On me donne un premier rendez-vous, mais qui sera renvoyé le jour même. Tout comme les suivants.
Parallèlement je contacte les responsables de plusieurs sociétés minières. Mon réseau, que j’ai patiemment construit depuis mon arrivée au Mali, commence à porter ses fruits. J’obtiens les contacts grâce au directeur régional des mines de Sikasso, qui se trouve être un oncle du responsable d’un projet que j’ai présenté à Radio Kledu. J’arrive finalement à parler au directeur de la mine de Kalana. Il me promet une visite. A la mine de Morila, qui a fait la une l’année dernière à cause d’une grève généralisée des mineurs, ça s’avère plus difficile.
Vendredi
Le chargé de communication d’AngloGold Ashanti, une des deux sociétés actionnaires de la mine de Morila, me demande de soumettre une demande écrite. Je décide de la déposer personnellement pour appuyer ma requête et prend rendez-vous pour l’après-midi.
Samedi
J’assiste au concert d’un groupe de jazz suisse, «Four Roses». A tout hasard, je prends ma clef USB pour prendre quelques sons. Le public, majoritairement blanc, est séduit. Au Mali, le jazz est peu écouté. On entend beaucoup les musiciens maliens et de la sous-région et le reggae. Je décide de faire un montage pour l’émission culturelle de
du lundi, réalisée par Togola.
=> Son 18: Four Roses culture 22avr06
Semaine du 24 avril
Mardi
Alors que j’étais sur le point de préparer une petite émission à la radio sur les stratégies de la DNGM pour éviter la presse, on m’accorde finalement une interview avec le chef de la division des mines Nassana Guindo.
=> Son 19: Interview Guindo DNGM 25avr06
Jeudi à samedi
Jeudi, départ pour la mine d’or de Kalana avec une voiture de la SOMIKA (Société des mines d’or de Kalana). J’ai rendez-vous au siège administratif de Bamako à 9h00. Nous ne partirons finalement que vers 11h30. Je m’étonne qu’ils emportent plusieurs caisses de légumes, vu que nous nous rendons dans la région de Sikasso, réputée fertile. Après toute une série de contrôles de sécurité, la voiture de la société est autorisée à pénétrer dans l’enceinte bien gardée de la mine.
A l’intérieur de ce périmètre bouclé se trouve la mine souterraine, l’usine d’extraction de l’or - construite au-dessus de la mine -, les bureaux et à quelques centaines de mètres le campement pour les cadres et le personnel expatrié. Les responsables sont Sud-Africains, Anglais ou Canadiens. Les cadres inférieurs viennent des Philippines et le directeur des ressources humaines du Mali. La majorité des mineurs proviennent du village voisin de Kalana et des environs.
C’est la seule mine souterraine du Mali. Elle a été ouverte par les Soviétiques en 1985, puis fermée en 1991. La société anglaise Avnel Gold a repris l’exploitation en 2004. Elle détient 80% des actions, 20% revenant à l’Etat malien. Selon le directeur sud-africain Jacobis Grove, une exploitation à ciel ouvert est bien moins coûteuse (mais plus néfaste pour l’environnement à cause de l’extraction au cyanure). La société a négocié un accord très avantageux avec l’Etat malien. Avec la réouverture de la mine souterraine, elle a obtenu un permis d’exploitation sur un périmètre de 387 km2 pour 30 ans, dans une zone qui renferme d’autres gisements d’or qu’elle pourra exploiter à sa guise à ciel ouvert. Normalement, l’Etat malien accorde d’abord un permis d’exploration dans la surface se réduit automatiquement de moitié après trois ans. Avant de pouvoir ouvrir une nouvelle mine, la société doit encore faire une demande d’exploitation, généralement assortie de toute une séries de conditions sociales et environnementales.
Vendredi, visite guidée de la mine avec le directeur adjoint anglais John Cooney, à passé 100 mètres sous terre. Impressionnant. C’est un monde à part. Très dur, le travail des mineurs dans des galeries étroites, sombres et humides.
L’après-midi, on me montre l’usine et la chambre d’or. Il faut passer un premier contrôle de sécurité à l’entrée de l’usine, puis un autre pour la chambre d’or, dont la porte est aussitôt cadenassée. Les visiteurs doivent tous s’enregistrer dans un gros cahier. On m’autorise à prendre des photos. A la fin de processus d’extraction et de fonte, les employés exhibent fièrement un lingot d’or qui pèse près de 30 kg! Au cours actuel de l’or, il vaut environ 400’000 USD.
A la sortie, les visiteurs et employés sont soumis à de nouveaux contrôles de sécurité au détecteur de métal. Les gardes maliens nous font enlever les bottes et même les chaussettes. Mais ne pensent pas à contrôler mon casque que j’ai posé sur la table avec les gants cachant l’intérieur. Histoire de les tester, j’emporte discrètement le casque en sortant. Malheureusement sans la moindre poussière d’or à l’intérieur!
Le soir, je vais au village de Kalana pour faire quelques interviews. Les villageois sont très contents de la réouverture de la mine. L’adjoint du maire m’explique que la situation était très difficile depuis le départ des Soviétiques. Visiblement, les habitants n’ont pas beaucoup d’autres occupations. Bien que la région est fertile, il n’y a que peu d’activités agricoles. Les responsables du restaurant du campement minier m’expliquent qu’ils sont obligés d’acheter les légumes à Bamako car ils n’ont trouvent pas assez sur le marché local.
Samedi, c’est le jour de paye. J’en profite pour interviewer quelques mineurs, pas satisfaits de leur salaire pour la plupart. Vers 14h, la voiture nous ramène à Bamako.
=> Son 20: Kalana mine 28avr06
=> Son 21: Kalana usine 28avr06
=> Son 22: Kalana mineurs 29avr06
=> Son 23: Interview mineur Kalana 29avr06
J’arrive juste à temps pour la soirée de Radio Kledu chez Fata et Diaki. Fata et sa troupe ont préparé du «wugila», une spécialité de Tombouctou. C’est un de mes plats maliens préférés. Toutes les femmes de la concession, plus quelques cousines venues pour aider, ont passé la journée à cuisiner. C’était très bon. Avant mon départ, j’ai participé à la préparation de chips de pomme de terre et de bananes plantains en quantités astronomiques. Les Maliennes cuisinent généralement beaucoup trop, car elles comptent toujours avec des hôtes qui débarquent à l’improviste, ce qui est coutume. S’attendant à 50 convives, la maîtresse de maison a donc préparé pour 80 personnes. Le meilleur compliment qu’on peut lui faire est qu’on a très bien mangé. Et le pire est qu’on dise derrière son dos qu’il n’y avait pas assez à manger.
Semaine du 1er mai
Je monte mes reportages et interviews de la mine de Kalana.
Semaine du 8 mai
Mardi
Réunion extraordinaire avec la directeur de radio Kledu Jacques Dez. Les journalistes sont inquiets, car le rédacteur en chef Bakary Cissé avait annoncé la vieille que la direction n’était pas contente du tout. Il dit avoir essuyé des critiques pour sa gestion trop «démocratique» de la rédaction et qu’on lui avait demandé de faire la ménage, mais qu’il préférait démissionner avant de renvoyer qui que ce soit. Ce fin stratège s’assure ainsi le soutient de la rédaction.
La réunion avec le directeur s’avère finalement pas si terrible. Il n’est pas satisfait que les flashs d’information sont systématiquement présentés par les nouveaux stagiaires. Comme ils ont été balancés sur l’antenne sans formation, ils butent trop souvent. Le directeur déplore aussi une information qui reste souvent trop institutionnelle et reproche aux journalistes de trop couvrir les conférences de presse pour lesquelles ils sont payés, au lieu d’aller fouiner là où ça dérange. Mais il relève aussi une amélioration dans le traitement de l'information. Comme exemples positifs, il cite le tour des correspondants, l’émission hebdomadaire de Diaki, et ma série sur les mines d’or.
Jeudi
Fata et Diaki achètent deux moutons et une chèvre. Deux ovins seront «sacrifiés» et une bonne partie de la viande distribuée dans le quartier. Le surlendemain, tous les habitants de la concession sont conviés à manger ensembles les deux têtes. Une forte odeur de cerveau flotte dans l’air. Je n’échappe pas à ce petit-déjeuner particulier dont je me serais bien passée, car il est important que tous ceux qui habitent sous le même toit en mangent pour assurer une cohabitation harmonieuse.
Le dernier mouton sera épargné. C’est Bourama qui le nourrit et le sort tous les jours de sa cage dans la cour intérieure.
Très fiers de leur tradition, les Maliens ont intégré leurs anciens rites dans l’islam, qu'ils pratiquent avec zèle. Ils font beaucoup de sacrifices, par exemple pour les parents défunts ou pour conjurer le mauvais sort. Ils consistent notamment en des repas qui sont distribués aux pauvres ou aux enfants. Ces sacrifices ont un côté très social. J’en ai moi-même fait quelques uns pour les enfants du quartier. Depuis ils me lancent des «bonjour toubabou» chaque fois que je passe en moto.
J’apprend avec étonnement que nombre de Maliens souffrent d’hypertension et de diabète. Je décide de tirer ça au clair pour notre rubrique santé du lundi et prends rendez-vous avec le chef du service de diabétologie vendredi et un cardiologue de l’hôpital Gabriel Touré samedi. Tout comme en Occident, la progression de ces deux maladies est surtout due à mauvaise alimentation et un manque d’exercice.
=> Son 24: Hypertension 13mai06
Semaine du 15 mai
Lundi
Je couvre le conseil d’administration de l’ANICT (Agence nationale d’investissement des collectivités territoriales). Il s’agit là d’une des nombreuses initiatives soutenues pas les bailleurs de fonds pour promouvoir la décentralisation au Mali. La séance marathon se termine à 21h. Mais mon attente est récompensée par une interview du ministre.
=> Son 25: ANICT 15mai06
Mardi
Je suis sur le point de quitter la radio, lorsque le rédacteur en chef m’interpelle: «la femme de Diaki a eu un accident de voiture. C’est très grave. Il faut aller faire un reportage». Je suis très inquiète, d’autant plus que Diaki ne répond pas au téléphone. Heureusement il me rappelle ensuite pour m’informer que Fata s’en est tirée avec quelques plaies ouvertes. Un Sotrama (minibus collectif) l’a embouti côté conducteur, après avoir ramassé un piéton et un motocycliste, grièvement blessés.
Il faut dire que les Sotramas, qui circulent dans un état déplorable, sont des vrais dangers publics. Et cela malgré les innombrables postes de contrôle de police. Mais le processus est bien rôdé et chacun le sait au Mali. Tout conducteur qui n’est pas en règle glisse discrètement un billet de 1000 FCFA (env. 2 Frs.) dans les papiers qu’il remet à l’agent et le tour est joué!
=> Son 26: Accident Fata 16mai06
Mercredi à vendredi
Le Directeur des ressources humaines de Morila S.A. m’appelle mercredi pour me dire que je peux visiter la mine vendredi. C’est à prendre ou à laisser et à moi de trouver un moyen de transport pour me rendre sur place. La mine se trouve dans la brousse à quelque 80 km de Bougouni. La cellule de la DDC de Sikasso me met heureusement un 4x4 avec chauffeur à disposition à partir de Bougouni.
Je pars le lendemain en bus pour Bougouni (à 163 km de Bamako). Etape qui tombe à pic, car j’ai appris que neuf des anciens grévistes de Morila croupissent toujours dans la prison de Bougouni. Sur place, je me rends au Tribunal et obtient un permis de visite. Mon contact m’a donné le nom de deux prisonniers ainsi que 10'000 FCFA pour les condiments des neufs détenus et 20'000 FCFA pour un gardien de la prison qui facilite les échanges. En fait, j’arrive durant le jour de congé du gardien en question, mais comme il a été prévenu de mon arrivée, il passe réclamer son cadeau. Avec la complicité des prisonniers, je réussi à faire une interview cachée qui sera diffusée sur les ondes de Radio Kledu à mon retour.
Vendredi, visite guidée à distance de la mine d’or de Morila, avec le directeur des ressources humaines Nouhoum Diakité qui n’est pas en mesure de répondre à plusieurs de mes questions. A Morila, on se méfie des journalistes.
Le soir, nous continuons sur Sikasso.
Semaine du 22 mai
Lundi, visite du site d’orpaillage de Massiogo, qui fait frontière avec la Côte d’Ivoire. Aux dernières estimations, il y aurait 60'000 personnes entassées les unes sur les autres. Les orpailleurs creusent des puits pouvant aller jusqu’à une dizaine de mètres de profondeur. Dès qu’ils tombent sur un filon, ils font une galerie latérale. Parfois elle s’effondre. Si l’orpailleur est chanceux, ses coéquipiers arrivent à la déterrer pendant qu’il respire encore.
Les orpailleurs ont labouré toute la zone et partiellement ravagé une forêt classée. Les conditions d’hygiène sont déplorables: des familles entières vivent dans des huttes rudimentaires construites avec quelques pieux de bois couverts de simples bâches en plastic. Et ils boivent l’eau du fleuve, avec laquelle ils lavent l’or aussi. Il n’empêche que certains trouvent vraiment de l’or. Je les ai vu sortir sous mes yeux quelques pépites atteignant 6mm et de la poussière d’or!
C’est Hama Cissé, chargé de programme santé du Buco, qui m’a informé de la situation explosive. Raison pour laquelle la coopération suisse a décidé de construire deux forages d’eau potable ainsi qu’un centre santé sur un site un peu surélevé à proximité. Avec l’hivernage (saison des pluies) qui commence en juin, le risque d’épidémie est très élevé dans les conditions actuelles.
Je passe la nuit dans la mission catholique de Diou. Pour revenir à Misséni le lendemain afin d’interroger les autorités compétentes. Le maire de Misséni m’informe qu’il a déposé une demande pour un couloir d’orpaillage et qu’il est confiant de l’obtenir dans les plus brefs délais.
Mercredi, j’essaie d’avoir des informations sur les conditions de travail actuelles à Morila auprès des inspecteurs du travail de Sikasso, mais sans succès. Le directeur se trouve être à Bamako et les employés n'ont pas le droit de donner des informations. Lorsque j’arriverai à Bamako, on me dira qu’il vient de rentrer à Sikasso.
Jeudi, je profite d’une voiture du Buco qui rentre à Bamako.
Semaine du 29 mai
Lundi
Réunion extraordinaire avec Mamadou Sinsi Coulibaly, le propriétaire malien de Radio Kledu. Les collègues sont un peu inquiets, car personne ne connaît la raison de cette réunion annoncée vendredi. A la surprise générale, M. Coulibaly nous parle de la crise qui a débuté le 23 mai au Nord du Mali. A Kidal, les rebelles se sont emparés de deux postes militaires, ce qui a suscité une grande inquiétude dans le pays. Il nous dit: «J’ai reçu des messages qu’il faut apaiser la population pour ce qui se passe au Nord», sans donner plus de précisions. En clair, il nous demande d’en parler le moins possible et d’éviter tout ce qui pourrait jeter de l’huile sur le feu, tout en précisant «que ce n’est pas de l’autocensure». D’ailleurs, on en apprendra très peu sur la crise jusqu’à la signature d’un accord avec les rebelles dans le plus grand secret.
Mardi
J’ai rendez-vous avec Maître Diarra, l’avocat des «prisonniers de l’or». Il m’explique que ses clients sont innocents. L’enquête n’a pas réussi à prouver leur culpabilité ni aucun lien de complicité. Selon lui, il s’agit d’une histoire montée de toutes pièces pour casser la grève. Je monte et diffuse une série d’interviews et de reportages sur la mine d’or de Morila. Parallèlement, je couvre quelques conférences de presse (non rétribuées).
=> Son 27: Morila mine 19mai06
=> Son 28: Morila prisonniers 30mai06
=> Son 29: Interview prison Bougouni 18mai06
Vendredi
Interview de Mme Oumou Coulibaly, cheffe d’un projet de soutien aux orpailleurs. Elle m’explique que la majorité des orpailleurs vivent à crédit et dans une pauvreté extrême. Le projet ATOPFER s’est donné pour but de leur enseigner d’autres métiers pour assurer leur existence, car les revenus de l’orpaillage sont très aléatoires.
=> Son 30: Orpaillage ATOPFER 2juin06
Semaine du 5 juin
Je poursuis mes recherches sur l’attribution d’un couloir d’orpaillage à Massiogo. J’apprends de manière officieuse que le ministre des mines aurait déjà signé la demande.
Je me rends à la Direction nationale de l’aménagement du territoire (DNAT) et la Direction nationale de la conservation de la nature (DNCN), où l’on m’assure qu’il n’est pas possible d’attribuer un couloir d’orpaillage sans les consulter et qu’ils n’ont reçu aucune demande à ce jour. Comme le site se trouve dans une forêt classée, la requête doit être approuvée par le Conseil des ministres. J’obtiens diverses informations, mais rares sont les personnes qui acceptent de s’exprimer au micro.
Je continue mes investigations auprès de la Direction nationale de la géologie et des mines. A force d’insister, j’arrive à parler avec quelques responsables, mais la plupart refusent de s’exprimer pour la radio. Je me rends compte que la DNGM suit mes recherches de près et que je suis bien connue là-bas. On me donne des informations contradictoires et me fait comprendre que les discussions sur le couloir d’orpaillage ne sont pas encore finies. Pour ce genre de dossiers politiques, seul le directeur national est habilité à se prononcer. Mais il prétexte un agenda trop chargé pour me recevoir.
Semaine du 12 juin
Le Mali vit au rythme de la coupe du monde de football. Ceux qui ont une télé, la sortent regarder les matchs avec les voisins. Ils sont diffusés en français sur l’ORTM, la TV étatique. Deux journalistes de Radio Kledu suivent toutes les parties à la télé et les commentent en bambara. Emission très prisée par le public non francophone qui regarde l’ORTM tout en écoutant Kledu.
Durant la séance de rédaction de mercredi, le rédacteur en chef me demande faire un reportage sur l’administration malienne, où nombre d’employés regarderaient les matchs pendant les heures de bureau. J’hérite d’un sujet qui n’a pas trouvé preneur. C’est bien connu, l’administration malienne n’est ni loquace ni ouverte à la critique. Grâce à des amis d’amis qui travaillent dans l’administration, j’arrivent à obtenir quelques rares témoignes, mais la plupart des employés interrogés ont peur de parler.
=> Son 31: Foot administration 15juin06
Semaine du 19 juin
Je décide de diffuser ma série sur le site d’orpaillage de Massiogo. Jeudi, j’apprends lors d’une retransmission télévisée en direct de l’Assemblée nationale que les autorités ont organisé le «déguerpissement» (évacuation forcée) d’une forêt classée à Bougouni, occupée par des agriculteurs. J’appelle mes différents contacts pour savoir si une action similaire est prévue dans la forêt classé de Massiogo. Et voilà que j’apprends que l’arrêté concernant le couloir d’orpaillage a été signé vendredi dernier par le ministre des mines et son homologue de l’administration territoriale et des collectivités locales. Ils se sont bien gardés de me le dire, à la DNGM, lors de ma dernière visite!
Je recontacte Alpha Aly Maïga, de la Direction nationale de la conservation de la nature. C’est lui qui a classé toutes les forêts dans le région de Sikasso il y a une vingtaine d’années. Il me dit qu’un tel couloir est illégal sans le paraphe du ministre de l’environnement. J’essaie d’avoir confirmation auprès de la DNGM. Le directeur national de la géologie et des mines me dit au téléphone qu’il est en réunion durant toute la journée, mais que je peux passer prendre une photocopie de l’arrêté. Lorsque je frappe à son bureau, je le surprends en train de suivre les mondiaux de foot à la télévision. Il me dit: «vous devez penser que je vous fuis». Je tente le tout pour le tout et réponds: «c’est ce que je vais penser si vous me refusez encore une fois l’interview». Et le tour est joué.
Vendredi après-midi, j’arrive à joindre le maire de Misséni Nampaga Coulibaly sur son portable. Par chance il se trouve à Sikasso, car il n’y a pas de réseau à Misséni. Il me confirme avoir reçu une copie de l’arrêté signé par les deux ministres. Quant à la destruction de la forêt classée, il accuse le responsable du Service des eaux et forêts du cercle de Kadiolo, Amadou Samaké, de laissez faire coupable. J’appelle M. Samaké lundi. Il réfute toutes les accusations et met en cause le maire de Misséni.
=> Son 32: Massiogo ruée vers l'or 19juin06
=> Son 33: Massiogo commerçants 21juin06
=> Son 34: Massiogo couloir d'orpaillage 23juin06
=> Son 35: Massiogo forêt classée 26juin06
Vendredi
Une fête pour les femmes est organisée dans l'après-midi à l’occasion du mariage de Koro, qui habite dans notre concession. Les femmes dansent, au sons d’un groupe local. A l'exception de la future mariée qui n'est pas de la partie. Elle reste dans la maison parentale. Nous irons lui tenir compagnie le lendemain, pendant qu’elle se fait peindre les mains et les pieds au henné. Elle se marie dimanche, jour de mariage à Bamako.
Les préparatifs ont débuté depuis plusieurs jours déjà. Toutes les femmes de la concession se préparent, à qui sera la plus belle. Elles ont commandé de nouveaux habits chez le tailleur, se font décorer les mains et les pieds au henné et se refont une coiffure. Les tresseuses viennent à la maison. Selon les coiffures, il leur faut entre deux et cinq jours. D’autres se font coudre des cheveux lisses ou légèrement ondulés sur des tresses à ras le crâne. Certaines portent aussi des perruques, malgré la chaleur. Au Mali, rares sont les femmes qui sortent avec les cheveux crépus.
Dimanche
Il y a foule à la mairie de Boulkassoumbougou, un quartier populaire. Le maire célèbre deux mariages en même temps, ce qui est possible car les deux couples ont opté pour la polygamie. La polygamie est plus courante en campagne qu’en ville. Il n’empêche que beaucoup de Maliens préfèrent se garder cette option ouverte.
Ensuite nous faisons les traditionnelles visites chez les familles des deux époux. La fête se termine dans une discothèque, que le marié Mamadou a loué pour l’occasion.
Semaine du 26 juin
Mercredi à vendredi
Conférence sur la «prévention et la gestion des conflits liés à l’usage des ressources naturelles dans le bassin du Niger», organisée par la Friedrich Ebert Stiftung (FES) et l’Autorité du Bassin du Niger (ABN). Radio Kledu assure la couverture intégrale, contre paiement. Les cérémonie d’ouverture et de clôture sont retransmises en direct. S’y ajoutent interviews et reportages. La collaboration avec la fondation allemande est devenue une tradition très rentable pour Kledu. C’est Célia qui est en charge du côté de la radio. Je l’assiste avec Assa avec quelques interventions en direct et le recueil de témoignages des participants.
Vendredi
Un des stagiaires annonce à la séance de rédaction que son contrat n’a pas été renouvelé. Les quatre autres ont été reconduits pour trois mois, toujours sans salaire.
Samedi
J’assiste au club de la presse sur la conférence, diffusé en direct. Au Mali, les débats sont bien réglementés, mais pas très interactifs. Le tout commence avec les exposés des trois conférenciers. Ensuite Célia, la modératrice, prend les questions de cinq intervenants. Comme le public est composé de journalistes tous contents de se profiler à l’antenne, certaines interventions se transforment en longues déclarations. D’autres posent jusqu’à quatre questions. Le tout se conclut par une longue session de réponses des trois conférenciers.
Mardi 4 juillet
Repas d’adieu à Radio Kledu. Fata me propose de me préparer un plat malien. Elle me dit que j’en aurai plus pour mon argent ainsi. Avec l’aide de sa cousine Bintou, sa belle-sœur Minata, sa nièce Mimi, la bonne et quelques amies, elles me font un délicieux repas – pâtes vermicelles à la viande de bœuf - pour 50 personnes (on cuisine toujours trop au Mali). Repas qui sera très apprécié par les collègues de la radio.
J’assiste à ma dernière séance de rédaction à Radio Kledu. Les collègues me font leurs adieux, le rédacteur en chef me remercie pour ce que j’ai apporté à la rédaction et me dit que je serai toujours la bienvenue. C’était une expérience très enrichissante. Ces six mois ont passé beaucoup trop vite. Le rédacteur en chef et le directeur m’ont proposé de rester à la rédaction, mais au salaire local de 60'000 FCFA (100 euros), qui ne permet pas de vivre à Bamako! |